Buondì, l'edizione di oggi del giornale Libération pubblica un mio editoriale che fa il punto sulla situazione di X (precedentemente noto come Twitter). Buona lettura, ---a --- Libération Idées et Débats, mardi 16 août 2023 Twitter rebaptisé : que cache le «X» de Elon Musk ? Antonio Casilli https://www.liberation.fr/idees-et-debats/tribunes/twitter-rebaptise-que-cac... Le nom du réseau social à l'oiseau bleu a été modifié. Cette décision révèle un nouveau fonctionnement des entreprises du milliardaire, basé sur la collecte de données personnelles par l'intelligence artificielle et l'exploitation de ses utilisateurs, explique le sociologue Antonio Casilli. Au cours de l'été, une controverse a secoué le monde de la technologie, focalisant l'attention sur Elon Musk et sa décision audacieuse de rebaptiser Twitter «X». L'abandon d'une marque établie a été perçu par les détracteurs du magnat comme une démonstration déconcertante d'irrationalité, surtout si on l'interprète comme une tactique pour taquiner l'intelligentsia de la plateforme autrefois vénérée par les journalistes et les commentateurs politiques. Est-ce que Musk est en train de suivre le chemin de l'empereur romain qui a hissé son cheval au rang de consul ? Toutefois, derrière cette apparente excentricité se cachent deux grandes tendances qui semblent dessiner la trajectoire de l'empire du milliardaire d'origine sud-africaine. La première est la transformation des géants de la technologie en conglomérats. Il y a près de dix ans, Google est devenu Alphabet et, plus récemment, Facebook est devenu Meta. Ces évolutions préfiguraient l'émergence de vastes groupements industriels aux modèles d'affaires similaires : des plateformes centralisant la collecte de données pour alimenter des systèmes d'intelligence artificielle (IA). Allant encore plus loin dans cette direction, Musk a pris une mesure radicale en optant tout simplement pour sacrifier la marque Twitter pour «X». «Main-d'oeuvre numérique» La seconde tendance se dessine au sein même des entreprises de Musk : l'émergence de branches diversifiées des médias en ligne (Twitter- X), à l'aérospatiale (Space-X) ou la mobilité (Tesla + Hyperloop-X), entre autres. Au coeur de cette évolution, Musk adopte ce que l'économie appelle «l'intégration verticale». Cette méthode de production implique qu'une société mère supervise chaque étape de la production de son produit phare. Dans le cas de X, une plateforme centrale extrait les données nécessaires pour alimenter l'apprentissage automatique des modèles d'intelligence artificielle. Ces données sont notamment générées par les clients de l'entreprise. X pourrait bien, plus tôt que prévu, faire partie intégrante des Gafam, un acronyme appelé à être redéfini : Maxam (Meta, Alphabet, X, Apple, Microsoft) pourrait bientôt illustrer le paysage technologique occidental. La collecte de données pour l'IA était en cours bien avant l'acquisition et le remaniement de Twitter par Musk. Un exemple emblématique de cette stratégie est la récupération de données auprès des conducteurs de Tesla. Elon Musk a intelligemment profité de la «main-d'oeuvre numérique» gracieusement offerte par ses propres clients pour améliorer les performances de ses véhicules autonomes. En conduisant leurs voitures haut de gamme, ces derniers permettent plus ou moins volontairement à des capteurs d'accumuler des millions d'heures de vidéo ainsi que des quantités massives d'informations liées à leur localisation et à leurs performances. Une approche similaire a été mise en évidence avec le média social anciennement appelé Twitter, où les données des messages des utilisateurs alimentent désormais une nouvelle branche de l'empire de Musk. Cette filière porte le nom assez prévisible de X.AI. Fondée en juillet, elle est destinée à concurrencer OpenAI et son produit phare, ChatGPT, dans lequel Musk avait investi dès l'origine. De manière typiquement muskienne, X.AI a été créée peu après la publication d'une lettre ouverte co-signée par le milliardaire, appelant à un moratoire sur le développement de l'IA pour prévenir le risque d'extinction de l'humanité. Une belle démonstration d'hypocrisie - ou de fausse conscience. Système de double rémunération Cela nous amène à la notion de «digital labor», la contribution non reconnue mais indispensable des utilisateurs à la formation de l'intelligence artificielle. Alors que les autres grandes plateformes numériques ont jusqu'à présent utilisé l'approche de la «double gratuité» (offrir leurs services gratuitement mais sans rémunérer la collecte de données permettant l'amélioration de leurs algorithmes), Musk s'oriente vers un système de double rémunération : les utilisateurs de Blue, la version premium de X, souscrivent à un abonnement payant pour accéder au service. Mais dans le même temps, la plateforme les récompense en leur versant une rémunération en fonction des performances de leur compte. Cette approche va de pair avec les idées avancées sur Internet par certains milieux libertaires de droite, qui proposent de rémunérer les données. En France, en 2018, le think tank Génération libre prônait la rémunération des données personnelles via des mécanismes de libre concurrence. Cependant, il est regrettable de constater que ce marché est loin d'offrir une réelle liberté, principalement en raison de la domination exercée par des géants comme Meta, Amazon et peut-être bientôt X. Cette évolution engendre un déséquilibre notable, avantageant ainsi les acteurs dominants de la technologie. Ce modèle soulève un certain nombre de difficultés. Les utilisateurs ne sont pas maîtres de leurs données personnelles, décidant souverainement de les céder au plus offrant. Dès qu'ils acceptent d'être sur la plateforme, ils sont assimilés à des «travailleurs du clic» exploités, obligés de produire des données qu'ils ne peuvent que monnayer. A cela s'ajoute le fait qu'ils doivent payer pour leur propre contribution. Le passage du modèle «pay per play», courant dans l'industrie des jeux vidéo, au modèle «pay per work» est clairement perceptible. Cette dynamique s'inscrit dans une tendance plus large observée dans nos mondes de travail de plus en plus flexibles. Dans ces contextes, l'emploi formel est devenu plus rare, obligeant souvent les individus à financer leurs propres formations ou reconversions. Bien au- delà de la simple expansion du travail numérique gratuit, nous assistons, sur les plateformes comme dans les entreprises traditionnelles, à la mise en place d'un système où il faut payer pour que nos données soient exploitées. Et avec elles, notre travail. -- Antonio A. Casilli Professor, Telecom Paris | Institut Polytechnique de Paris Member, Interdisciplinary Institute for Innovation (CNRS) Associate Member, LACI-LAP (EHESS) Associate researcher, Weizenbaum-Institut, Berlin Member, Scholarly council UCLA Center for Critical Internet Inquiry (C2i2) Faculty Fellow, Nexa Center for Internet & Society *We respect your right to disconnect. My workflow efficiency accounts for this email send time. Taking action or responding outside of office hours is not mandatory*