<https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/04/17/derriere-la-percee-des-gilets-jaunes-des-reseaux-pas-si-spontanes-et-apolitiques_5451242_4355770.html>

Il y a cinq mois tout juste, le 17 novembre 2018, des Français manifestent pour la première fois au Mans (Sarthe) contre la hausse des taxes sur les carburants. Parmi eux, certains arborent fièrement la mention « Colère 72 » au dos de leur gilet jaune, comme un emblème. Les initiés savent qu’il s’agit là d’une référence à un groupe Facebook qui réunit des milliers de mécontents du département de la Sarthe.

« C’est nous qui avons relayé l’appel du 17 novembre dans la région. On a donné de l’élan au début du mouvement », revendique Jonathan Torres, l’un des administrateurs de cette communauté. Quand le premier appel à manifester du mouvement des « gilets jaunes » a circulé, des membres de « Colère 72 » sont rapidement montés en première ligne.

Et il n’y a pas que dans la Sarthe. En retraçant la circulation des coups de gueule à l’origine de la révolte comme la vidéo de Jacline Mouraud contre le supposé matraquage des automobilistes, visionnée plus de 5 millions de fois sur Facebook, nous avons retrouvé la trace de dizaines de groupes similaires : « Colère 04 », « Colère 17 », « Colère 68 »…

En tirant le fil, nous avons une nébuleuse de trente-cinq communautés, qui associent le plus souvent le mot « Colère » à un département et totalisaient près de 200 000 membres début avril 2019. Signe que leur création a été coordonnée d’une manière ou d’une autre, la plupart (25 sur 35) sont nées entre le 9 janvier 2018 et le 4 février 2018, selon notre relevé.
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