Gustavo Zagrebelsky (and Stefano Rodotà) have been present in the mainstream press in France twice in the last days. The first instance is no surprise. Mediapart (an on-line general news site) has reproduced the Franco Cordero / Stefano Rodotà / Gustavo Zagrebelsky call to support the Repubblica in face of the one million trial damages requested by Berlusconi. The PM has also announced he would sue similarly French newspapers (for instance the Nouvel Obs'). See: http://www.mediapart.fr/club/edition/article/310809/liberte-de-la-presse- soutenons-%C2%ABla-repubblica%C2%BB The second instance is closer to NEXA activities. Franck Louvrier the adviser for Internet, communication and press of Sarkozy published an op-ed in Le Monde where he was stressing the importance of Internet for democracy (with Twitter/Iran examples), highlighted the threat of manipulations using the Internet and developed an incredible rhetorical amalgama, where he identified false testimony (such as the Chinese army for forum posters for the government) with counterfeiting, and the latter with unauthorized copying. He then presented HADOPI laws as the forefront of the defense of democracy. I drafted an op-ed in response with Jérémie Zimmermann which Le Monde published on 29 August (ommitting my name as author). I include the text of the published op-ed, since Le Monde charges for access to op-eds after a few days. The conclusion paragraph is based on the Lezione di Gustavo Zagrebelsky. Best, -- Philippe Aigrain ----------------------------- Internet et rhétorique Les lois Hadopi ne sont pas garantes de la démocratie Dans Le Monde daté du 22 août, Franck Louvrier, conseiller du président de la République, nous livre ses pensées sur les relations entre Internet et la démocratie. Comme de nombreux autres commentateurs, il salue l'importance d'outils et de services comme Twitter pour permettre l'expression démocratique massive des individus. Il souligne avec pertinence le danger d'une manipulation de ce nouvel espace public par des usurpateurs qui le pollueraient en diffusant des contenus se présentant comme l'expression de citoyens, alors qu'ils émanent de gouvernements autoritaires. Nous voilà réjouis de cette reconnaissance au plus haut niveau de l'Etat des bénéfices d'Internet pour la démocratie. C'est alors que se révèle le véritable objet de la tribune de M. Louvrier : présenter les lois Hadopi comme une protection de l'espace public démocratique. On s'attendait à plus de modestie après la décision du Conseil constitutionnel du 10 juin, censurant une part importante de la première de ces lois, justement parce qu'elle portait atteinte à la présomption d'innocence et à l'exercice concret des droits fondamentaux d'expression et de communication qui sont la condition de la démocratie. On aurait aimé trouver une justification détaillée des nouvelles atteintes à ces droits qu'instaurerait la seconde loi Hadopi, dont ce même Conseil constitutionnel sera bientôt saisi. Qu'on nous explique, par exemple, ce qui peut justifier l'extension inouïe des procédures judiciaires expéditives par le biais des ordonnances pénales prévue par Hadopi 2. Que M. Louvrier défende les lois Hadopi dont il a été le maître d'oeuvre, prodiguant ses instructions à la ministre alors en charge, ne nous surprend pas. Mais la méthode utilisée pour cette défense doit nous faire réfléchir. Car au détour de deux phrases, voici un étrange parallèle établi entre la défense de l'espace public démocratique et la répression du partage sans but lucratif sur Internet : « Ce qui menace Twitter, c'est moins la censure que la contrefaçon, la copie, en somme, le faux. » Et voilà soudain les partageurs de fichiers, ceux-là qui sont la substance même de Twitter et de dizaines d'autres outils similaires, assimilés aux milliers de soutiers recrutés par des régimes autoritaires, comme la Chine, pour polluer l'expression publique des citoyens. Le sens des mots Voilà les sanctions automatiques prononcées par des juges, dont la fonction est réduite à néant, croulant sous la masse des procédures préparées par des agents privés et une machinerie administrative bancale, qualifiées de « sens de notre vie en commun dans une démocratie ». Le philosophe politique italien Gustavo Zagrebelsky a prononcé, en avril, lors de la Biennale de la démocratie à Turin, une « leçon sur la démocratie ». Il y souligne que les dangers qui menacent la démocratie, bien visibles en Italie, émanent de son propre développement. Au premier rang de ces dangers, il place le développement de rhétoriques qui entendent frapper la pensée de stupeur en portant atteinte au sens même des mots. C'est exactement ce qui nous choque dans la tribune de M. Louvrier. Qu'il défende la loi Hadopi 2 et ses suites point par point sur leur réalité, mais qu'il laisse en paix le sens des mots, dont a besoin la démocratie. Jérémie Zimmermann