Appel à communication
La
communication transparente. Organisations, communication et transparence,
Bruxelles, 21-22 Novembre 2013Présentation générale du
thème du colloqueCe colloque international naît de la volonté de faire
le point sur les recherches en cours dans différents pays sur la « transparence
». Cette notion est aujourd’hui un élément central de la communication des
organisations, qu’elle soit comprise en tant que contenu (communication sur la
transparence) ou en tant que forme et modalité de communication (communication
transparente).
Comme le soulignait J.-J. Boutaud (2005, voir aussi le
numéro 52 de Quaderni, 2003, et le numéro 97 de Pouvoirs, 2001), et comme en
témoigne la fréquence de l’apparition du terme dans les discours des acteurs
sociaux, la transparence est aujourd’hui devenue une figure et une valeur
protéiforme et envahissante. Elle est capable de pénétrer largement la
construction et la circulation des objets et des pratiques signifiants de nos
sociétés « hypermodernes » (Lipovetsky), jusqu’à en faire des sociétés de la
transparence. De ce foisonnement de « transparence » dans plusieurs domaines
(politique, économique, social, culturel), nous prendrons en considération ce
qui concerne les organisations. L’organisation qui se veut (ou qui doit être)
transparente, et donc légitime et crédible, doit montrer ses entrailles, sur le
modèle de la « maison de verre » qui, très significativement, avait donné le nom
à la première association des professionnels français des relations publiques,
en 1950. L’organisation se doit donc de rendre poreuses et transparentes ses
frontières et ses cloisons internes, pour se garantir la confiance de ses
parties prenantes et de ses partenaires externes et internes.
Si
la transparence est « qualité » affirmée et garantie, elle est aussi perçue
comme tromperie, instrument de pouvoir et source de méfiance. L’hyperbole du «
faire savoir » peut alors paradoxalement générer l’opacité (comme le rappelait
Serge Daney, « il faut de l’ombre et de la lumière pour dévoiler les choses »).
La quête de transparence peut également se renverser en tyrannie du « tout
montrer » – comme l’anticipèrent quelques auteurs de science fiction (Orwell,
Huxley) – qui se substitue à la confiance et au respect de l’intimité. Ainsi, la
notion est en dialectique constante avec son opposé, le secret (secret d’état,
secret de fabrication, devoir de réserve, etc.). L’organisation se trouve à
devoir se positionner, dans son discours et dans son comportement signifiant,
par rapport à ce couple conceptuel et pratique, tiraillée entre les
extrêmes.
La transparence comme forme et modalité de communication (mais
aussi comme contenu des discours et valeur affichée) se réalise comme un
impératif éthique, un « devoir faire savoir », et réciproquement un « pouvoir
savoir ». Cet impératif se veut absolu, par rapport à un « intérieur » social et
organisationnel qui est appelé à s’extérioriser complètement, ou de plus en
plus. Mais, comme le soulignait déjà Boutaud, cette dimension éthique de la
transparence organisationnelle ne doit pas faire oublier la dimension esthétique
qui se trouve à sa base. La transparence ne cesse jamais de s’incarner en des
configurations sensibles. Par exemple, des configurations de bureaux, mais aussi
des textualités, des instructions et des règlements, des formes d’énonciations,
d’échange physique ou médiatisé. Les médias électroniques ont également un rôle
important dans l’affirmation de la transparence comme un élément central de la
communication des organisations, à vérifier dans les cas
concrets.
Axes et domaines impliquésDifférentes
approches et perspectives de recherche en sciences de la communication des
organisations sont interrogées par le phénomène de la transparence. Les
intervenants pourront développer par exemple des approches critiques,
systémiques, pragmatiques, sémiotiques, narratologiques, médiologiques,
constitutives (analyse de la communication comme dimension constitutive de
l’organisation), et aussi d’analyse du discours et du langage. L’analyse ne se
veut pas limitée aux verbal, mais veut inclure l’analyse des autres systèmes de
communication (image, architecture, etc.), et du comportement.
Les axes
principaux de travail, dans lesquels les différentes contributions devront
rentrer en priorité, sont :
Axe théorique : transparence,
communication, organisationLes intervenants s’inscrivant dans cet axe
sont invités à réfléchir sur la relation générale entre transparence et
communication des organisations. Comment théoriser une communication
transparente ? Certains paradigmes de pensée semblent permettre une intégration
de la transparence comme dimension nécessaire d’une communication pleinement
humanisante, comme dans le cas de la pensée de Habermas. Mais comment repenser
aujourd’hui ces paradigmes, à l’heure du Web collaboratif, de l’augmentation du
soupçon envers les institutions et de la globalisation ? D’un point de vue
critique et de l’analyse des distributions du pouvoir et de l’influence, comment
la transparence se positionne, par rapport à l’état actuel de la communication
?
Le Web et la transparenceL’explosion du Web 2.0 constitue
une variable centrale du contexte de notre société, et forme l’environnement
médiatique adapté à la diffusion de l’impératif de la transparence dans la
communication des organisations. Par ailleurs, les entreprises et les
institutions cherchent à utiliser les nouvelles textualités électroniques de la
conversation pour appuyer une image de transparence, pour se montrer en train de
pratiquer et de « célébrer » la transparence. Les intervenants peuvent alors
proposer des analyses sur ce triangle (web 2.0, organisation et transparence)
pour identifier les liens entre les différents éléments, et de réfléchir à la
portée de la révolution médiatique en cours sur la quête de transparence en
organisation.
Les rhétoriques de la transparence dans la communication
des organisationsCet axe se concentre surtout sur la présence de la
transparence comme figure et contenu de la communication et de ses supports.
Comment les organisations et leurs membres parlent et communiquent autour de la
transparence ? Quelle rhétorique émerge de ces constructions sémiotiques ? Les
intervenants pourront donc cartographier les usages, mobilisations et
instrumentalisations de la transparence dans les discours, textes et supports
des organisations. Différentes approches aux textualités et aux conversations
d’organisation sont possibles : plus attentives aux interactions et à la
dynamique de la construction sociale du sens autour de la transparence, plus
intéressées à l’architecture interne des textualités produites (sémiotique,
narratologie, etc.), ou cherchant à combiner différents aspects. Les domaines
impliqués sont larges : communication interne, externe, corporate, financière,
commerciale-produit, communication des associations, des institutions publiques,
etc.
Communication, travail, gestion, régulation et
transparenceDans cet axe, nous désirons donner la parole aux chercheurs
en information et communication qui travaillent sur la relation entre
transparence et logiques de gestion, d’organisation et de régulation dans les
organisations. La dimension éthique entre ici en contact avec celle de la loi.
Les réglementations qui imposent, par exemple dans le domaine public, des
obligations d’accès à l’information sont un exemple intéressant de norme qui
impacte la communication et la construction du sens dans l’interaction. Ces
règles et aussi en général la tendance à la « juridisation » de la communication
dans les organisations, contribuent à construire le contexte de l’affirmation de
la transparence comme véritable impératif contemporain. Dans cet axe, une place
est aussi laissée à la réflexion sur les moyens de « socialiser » les membres
des organisations à la transparence, dans le cadre de leur vie de travail
(formations, actions de communication interne, lancement de nouveaux médias
comme les réseaux sociaux d’entreprise, etc.).
Crise et
transparenceCet axe voudrait mettre au centre de l’attention la
pertinence de la transparence dans la communication de crise. Les chercheurs
pourront proposer des études et des réflexions sur des cas concrets de
politiques de communication de crise, pour étudier la relation entre stratégies,
dispositifs, situations de crise et l’exigence de la transparence. L’accent
pourra être mis à la fois sur l’existence de la transparence dans les stratégies
de communication de crise mais également sur la perception que les acteurs ont
de celle-ci. La transparence est-elle pertinente dans les politiques de
communication de crise ? Est-elle réellement présente ? Quelle vision ont les
acteurs internes et externes de cette transparence dans les politiques de
communications des entreprises ?
Communication environnementale, RSE
et transparenceComment la communication sur la protection de
l’environnement naturel et sur la responsabilité sociétale des entreprises (mais
aussi des organisations en général), mobilise la notion de transparence ?
Environnement et RSE sont aujourd’hui des contenus centraux du discours des
organisations publiques et privées, mais ils ont en partie perdu leur pouvoir de
crédibilisation et de légitimation : la transparence – vraie ou présumée –
apparaît alors comme condition indispensable pour récupérer crédibilité et
légitimité. L’exploration de cette relation triangulaire (organisation,
environnement-RSE et transparence) sera l’objet des interventions de cet
axe.
Participation et informations pratiquesLes
langues du colloque seront l’anglais et le français.
Le colloque aura
lieu à Bruxelles, dans les locaux de l'IHECS (Batiment Bord de Verre, Rue du
Poinçon 15, Bruxelles).
Limite pour la présentation de l’abstract, en
anglais ou français, de max. 2000 signes, bibliographie exclue : le
30
mars 2013.
Envoyer les abstracts à
andrea.catellani@uclouvain.be ou à
thierry.libaert@uclouvain.be.
Communication de
la recevabilité ou non de l’intervention : le 30 avril 2013.
Remise du
texte complet : le 15 octobre 2013.
Dates du colloque : les 21 et 22
novembre 2013.
Après le colloque, une sélection de textes sera réalisée
en vue de la publication d’un volume en deux langues (anglais et français) sur
la transparence et la communication des organisations.
Comité
d’organisation
Thierry Libaert (UCL), Andrea Catellani (UCL), Audrey Crucifix
(UCL), Gervais Cwako (UCL), Christine Hambursin (UCL), François Heinderickx
(ULB, président ICA), Béatrice Jalenques-Vigouroux (INSA Toulouse - LASCO),
François Lambotte (UCL), Mélanie Notte (UCL), Sophie Pochet (UCL), Joël Saucin
(IHECS - UCL), Emmanuel Wathelet (UCL).
Comité scientifique
Thierry
Libaert (UCL), Andrea Catellani (UCL), Françoise Albertini (Université de
Corse), Françoise Bernard (Université d’Aix-Marseille), Jean-Jacques Boutaud
(Université de Bourgogne), Anne-Marie Cotton (Arteveldehogeschool, Gand), Nicole
D’Almeida (Université Paris IV-Sorbonne), Gino Gramaccia (Université Bordeaux
I), Anne Gregory (Leeds Metropolitan University), Oyvind Ihlen (University of
Oslo), François Lambotte (UCL), Christian Le Moenne (Université européenne de
Bretagne - Rennes 2), Jacquie L'Etang (Queen Margaret University, Edinburgh),
Marc Lits (UCL), Catherine Loneux (Université européenne de Bretagne – Rennes
2), Béatrice Jalenques-Vigouroux (INSA Toulouse - LASCO), Jordi Xifra
(Université Pompeu Fabra, Barcelone), Ralph Tench (Leeds Metropolitan
University), Michèle Venturini (Université de Corse), Jacques Walter (Université
de Lorraine), Ansgar Zerfass (University of Leipzig).
Informations
Le
colloque est organisé avec le soutien de la SFSIC (Société Française des
Sciences de l’Information et de la Communication).
Ouverture du colloque :
prof. Marc Lits (UCL).
Invited speaker : prof. Timothy Coombs (Univ. of
Central Florida).